Le site sur l'Art Roman en Bourgogne
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Avallon

 

Edifice
Eglise Saint-Lazare, autrefois Notre-Dame, ancienne Collégiale
Situation
Centre ville, 89200 (Yonne)
Parties Romanes
Façade, nef, transept, absides et crypte
Décoration Deux portails richement décorés, chapiteaux de la nef, modillons du transept et de l'abside
Datation
Fin 11e - début 12e siècle (transept et choeur), milieu 12e siècle (nef) et troisième quart du 12e siècle (portails)

 

 

Introduction - Historique - Description - Visite

 

Introduction

Photo de Maryse RozerotLa jolie petite ville d’Avallon se situe au centre de la Bourgogne sur un éperon rocheux dominant la vallée du Cousin. C’est au cœur de la ville ancienne, entourée de remparts et de tours, que se trouvent la tour de l’horloge et la collégiale Saint-Lazare, édifice roman remarquable. L’église occupe l’emplacement d’un lieu de culte très ancien, dédié à Notre-Dame, dont subsiste une crypte inaccessible d'époques différentes. L’église, ayant obtenu les reliques de Saint-Lazare, est reconstruite vers 1100 et c’est de cette époque que datent ses trois absides. La grande nef qui descend jusqu’au chœur beaucoup plus bas, date du milieu du 12e siècle. Elle s’est inspirée de la Madeleine de Vézelay par son élévation à deux étages et son voûtement. Cependant, l’architecture diffère de celle de sa grande voisine : à Avallon, le profil des arcades et des doubleaux est brisé et les arêtes sont montées d’assises concentriques, structure qu’on appelle parfois “cupiliforme”. La nef possède une belle suite de chapiteaux à décor végétal. Au chevet on admire quelques modillons étrangement sculptés. Mais ce qui est à juste titre la merveille de Saint-Lazare, c'est la façade dotée de deux portails d’une richesse ornementale grandiose. Bien que très mutilés pendant la Révolution, ces portails montrent une décoration abondante, datant de l’apogée de l’art roman bourguignon. Le portail central à perdu son tympan au Christ en gloire, son linteau et son trumeau, mais conserve ses voussures richement décorés et une belle statue-colonne ressemblant à celles du portail royal de Chartres. Le portail sud a conservé son tympan, son linteau doté de scènes historiées à peine lisibles, ses magnifiques voussures, ses colonnes, ses piédroits et ses chapiteaux. Le troisième portail a été détruit quand le clocher s’est effondré au 17e siècle.

Près de Saint-Lazare, le Musée de l’Avallonnais conserve de nombreuses œuvres d’art et quelques fragments romans. La ville conserve plusieurs autres monuments intéressants, dont deux datent de l’époque romane. L’ancienne église Saint-Pierre, ancienne paroissiale, s’accole à Saint-Lazare et conserve un portail et des arcatures romans, ainsi que deux nefs gothiques. Plus intéressant encore est l’ancienne église Saint-Martin-du-Bourg, édifice désaffecté dans le faubourg qui porte son nom. L’église du 12e siècle, qui était du type de Saint-Lazare et de Vézelay avec nef à deux étages sous arêtes, occupe le site d’une abbaye fondée au 6e siècle. Il n’en reste que le transept, le chœur et une partie de la nef, ainsi que quelques chapiteaux romans. Transformée en maison d’habitation privée, on ne peut la visiter, hélas ! Une autre belle église de même type architectural se trouve tout près, à Pontaubert. Egalement à quelques kilomètres, on trouve encore le prieuré grandmontain Saint-Jean-les-Bonshommes à Sauvigny-le-Bois. L'Avallonnais offre beaucoup de jolis sites à découvrir !

 

Photo de S. van Boxtel
Extérieur de l'église

 

 

HistoriqueAvallon

La place forte élevée d’Aballo était déjà un castrum éduen et un site gallo-romain important sur la via Agrippa. Un autel dédié à la Vierge y fut fondé au 4e siècle au sommet de la butte, à l’emplacement de l’église actuelle. Une nouvelle église dédiée à Notre-Dame fut fondée en 846 par un certain Gérard, parfois identifié comme Girard de Roussillon, le fondateur de Vézelay. L’église se trouvait à l’intérieur de l’enceinte du château des ducs de Bourgogne et dépendait du diocèse d’Autun. Elle devient collégiale au 10e siècle avec la fondation d’un chapitre de chanoines, dépendant de Vézelay, par Hugues I. L’église reçoit les reliques de Saint-Lazare au début du 11e siècle de Hervé le Grand, duc de Bourgogne. Elle fut alors dédiée a Saint-Lazare et connut un essor important. Suivant différentes donations l’église dépend de Cluny depuis 1077 puis encore d’Autun depuis 1116. Une nouvelle église dédiée à Notre-Dame-et-Saint-Lazare fut commencée à cette époque et consacrée en 1106 par le pape Pascal II. L’édifice roman fut complété au cours de la première moitié du 12e siècle et achevé avec la construction des portails de la façade. L’église fut incendiée en 1633 avec la chute de son clocher, détruisant également le portail nord de la façade. Après la Révolution l’église devient paroissiale. Classée Monument Historique en 1840, l’édifice est restauré vers 1860 par l’architecte Baudoin.

 

 

Description

L’église et sa façade imposante s’ouvrent sur la place Saint-Lazare, bordée de maisons anciennes. Son plan est simple, avec une nef à six travées et bas-côtés, un transept non débordant et un chœur à trois absides orientales. L’édifice fut commencé à la fin du 11e siècle, époque dont restent encore le chœur et le transept. Les nefs sont reconstruites vers le milieu du 12e siècle et complétées vers 1160-1170 par les portails de la façade. La situation de la nef est remarquable, son axe fait un angle avec celui de la façade et elle descend vers le chœur dont le niveau situé 2,50 mètres plus bas en empruntant 17 marches. Du côté sud l’église est bordé par l’ancienne église Saint-Pierre, un espace voûté gothique conservant encore quelques éléments romans, et par les anciens bâtiments du chapitre.

Plan de St-Lazare et de St-Pierre

 

Visitant l’extérieur de l’église, on voit immédiatement la façade avec les portails magnifiques et le grand clocher reconstruit au 17e siècle après l’incendie de 1633. Du côté nord de l’édifice on reconnaît l’élévation à deux étages de baies de la nef et des bas-côtés. Dans la corniche remarquons des médaillons sculptés de fleurs, d’oiseaux, de perles, d’une tête de chien et d’un poisson. Le chevet de l’édifice domine un escarpement rocheux. Les absidioles sont empâtées dans des maçonneries rectangulaires à l’extérieur. Sous les toitures de l’abside et des murs du transept on peut voir des modillons romans sculptés de têtes, d’animaux, et de motifs floraux. Dans la nef, des médaillons montrent des fleurs et des animaux.

Images de l'extérieur :
Photo de Maryse Rozerot
Façade
Clocher et nef
Chevet
Abside
Modillons
Modillon
Modillon
Médaillons

Les portails romans de la façade sont la merveille de Saint-Lazare. Sculptés vers 1160-1170, on y voit l’un des derniers souffles de l’art roman de la région. L’ensemble, très mutilé par les protestants et par les Révolutionnaires, se composait à l’origine de trois portails à tympans historiés et entourés de piédroits et archivoltes décoratifs. Les vestiges importants montrent encore l’abondance décorative caractéristique pour cette époque tardive, comparée aux portails de Charlieu en Brionnais et de Saint-Philibert de Dijon.

Les portails de la façade

 

Le grand portail central a perdu son tympan et son linteau, où étaient représentés à l’origine le Christ en Majesté dans une mandorle entre deux anges et les symboles des évangélistes, ainsi que vie de Saint-Lazare. Les cinq voussures entourant le vide du tympan classique ont heureusement été conservées. La première voussure montre des angelots, la deuxième représente les Vieillards de l’Apocalypse, la troisième conserve trente médaillons avec les Signes du Zodiaque et les Travaux des Mois. Les voussures extérieures sont décorées de feuilles d’acanthe et de guirlandes de vignes. Les colonnes du portail sont à la fois cannelées, ondulées et torsadées et surmontées de chapiteaux feuillagés. Une seule statue-colonne a été conservée à droite, représentant un prophète allongé, peut-être Moïse. A l’origine le portail comportait des statues-colonnes sur les côtés et une autre montrant Saint-Lazare sur le trumeau, où seule est conservée maintenant l’inscription Saint-Ladre. Ces statues sont typique de l'art roman tardif du portail royal de Chartres et dans l'Yonne on les retrouve au portail de Vermenton.

Images du portail central :
Photo de Julianna Lees
Statue-colonne
Voussures
Signes du Zodiaque

Le portail sud, aujourd’hui muré, a été mieux conservé. Son tympan montre des scènes des trois Rois mages : les Mages devant Hérode ; les Mages Chevauchant ; et l’Adoration des Mages. Le linteau, très mutilé, présentait à l’origine la Résurrection du Christ, les Saintes femmes au Tombeau, la Présentation au Temple et la descente du Christ aux Limbes. Les voussures au décor végétal sont très réussies. On y trouve des guirlandes de roses, des arums, des giroflées, des pâquerettes, des fleurs à huit pétales, des fruits, des hélices et des feuillages. Six colonnes à chapiteaux feuillagés flanquent le portail. Les piédroits en bas montrent d’autres décors végétaux et huit chapiteaux sculptés de scènes variées : Salomé dansant, la Chaste Suzanne, une licorne, des sirènes, des lions, un centaure, un montreur d’ours, un combat. Le troisième portail, celui côté nord, est de style classique. Il remplace le portail nord roman, détruit au 17e siècle par la chute du clocher. On sait que son tympan représentait des scènes de la Vie du Christ et de Lazare et que son linteau était sculpté de l’Epiphanie.

 

Richesse ornamentale du portail sud

 

Images du portail sud :
Photo de Thierry Cornier
 
Tympan
Voussures
Colonnes
 
Photo de Julianna Lees
 
Piédroits
Chapiteaux
Détail
 

 

L’intérieur de l’église présente une architecture romane typiquement bourguignonne. La nef, construite vers 1140-1150, est élevée sur deux étages voûtés d’arêtes. Elle s'est inspirée de la nef de la basilique voisine de Vézelay, complétée vers 1140, et des autres églises bourguignonnes de ce modèle qui provient du Brionnais. Plusieurs détails dans l’architecture avancent la construction comparée avec les autres églises à voûtes d'arêtes : les grandes arcades et les arcs doubleaux de la voûte sont de profil brisé, les fenêtres sont encadrées d’arcs formerets brisés sur colonnettes, et un cordon horizontal sépare les deux étages. Les piliers cruciformes sont bordés de quatre colonnes engagées à chapiteaux. Les voûtes d’arêtes de certaines travées sont montées de facture dite cupiliforme, sorte de coupoles bombées, comme à l’église de Sacy. Les bas-côtés sont également voûtés d’arêtes cupiliformes sur doubleaux brisés, les pilastres de ses murs latéraux sont bordés de colonnettes à chapiteaux.

Images de l'intérieur :
Photo de Julianna Lees
Intérieur
Bas-côté nord
Bas-côté sud
Chapiteau à feuilles
Elévation
Elévation
Transept
Abside

La partie chœur-transept à l’est est plus ancienne que la nef. Elle était achevée à la consécration de l’église en 1106. Le transept, à peine distinguable à l’intérieur, est également voûté d’arêtes. Dans les croisillons on remarque les baies à colonnettes et chapiteaux qui surmontent l’accès vers les chapelles latérales, la chapelle gothique des Jeaucourt au nord et au sud la chapelle du Sacré-Cœur et la sacristie du 18e siècle. Le chœur se compose de l’abside en cul-de-four brisé, avec quatre arcatures centrales sur doubles colonnettes et chapiteaux, et des absidioles avec baies à colonnettes. Les fresques du chœur, au décor en trompe-l'œil, sont du 19e siècle. Sous le chœur se trouve une crypte très ancienne, aujourd’hui ruinée, murée et non accessible. Plusieurs époques de construction y ont été identifiées, la plus ancienne remontant au premier édifice du 4e siècle, une autre de la période carolingienne. Les reliques de saint Lazare y étaient conservées depuis le 11e siècle.

Quelques sculptures romanes sont à découvrir à l’intérieur de l’église. Les chapiteaux de la nef et du chœur montrent un décor végétal varié : feuillages, feuilles d’acanthe, feuilles, fruits d’arum, crosses, fleurs. On ne trouve pas de scènes historiées, les deux chapiteaux sculptés d’anges et d’aigles dans le chœur ont été remplacés par des copies au 19e siècle. Dans la première travée, une tribune d’orgues datant de 1843 masque des consoles datant de 1170-1180, dont les doubles chapiteaux sculptés d’anges et d'oiseaux ne sont pas visibles. Enfin, il y a encore un autel roman datant des années 1100.

 

Musée de l'Avallonnais : tête provenant du grand portail

 

Le Musée de l’Avallonnais, près de la Tour de l’Horloge, se trouve dans le bâtiment du 17e siècle de l’ancien collège. Il y a des collections préhistoriques, romaines et médiévales. La salle « Les Pierres qui Parlent » présente l’archéologie régionale où on peut admirer plusieurs sculptures romanes. On y trouve la tête barbue d’une statue-colonne du portail central de Saint-Lazare et plusieurs chapiteaux romans.

 

Vue de la citadelle d'Avallon

 

A voir aussi à Avallon :

 

 

Visite

L'église Saint-Lazare est ouverte souvent mais irrégulièrement.

Le Musée de l'Avalonnais se visite de Mai à Octobre, 10-12h et 14-18h, sauf le mardi.

Pour en savoir plus sur Avallon, vous pouvez visiter les sites Internet suivants:

Site sur Avallon et l’Avallonnais : http://www.avallonet.com/.
Site de la ville : http://www.ville-avallon.fr/.
Site de l’Office de Tourisme de l’Avallonnais : http://www.avallonnais-tourisme.com/.
Page archinform : http://eng.archinform.net/projekte/11321.htm.
Page maping gothic : http://mappinggothic.org/building/1086.
Page Via Lucis: https://vialucispress.wordpress.com/2013/05/27/avallons-pudding-church-dennis-aubrey/.
Page Julianna Lees : https://picasaweb.google.com/100384772395112415486/AvallonStLazaire?gsessionid=LouJHERtjjLaqW4vx9fsrw.
Page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Lazare_d%27Avallon.
Page petit patrimoine : http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=89025_2.
Page CARE : http://care.tge-adonis.fr/care/index.php?title=AVALLON,_coll%C3%A9giale_Saint-Lazare.

Vous pouvez également consulter les références suivantes :

- Baudoin P.M., Monographie de l’Eglise Saint-Lazare d’Avallon, Bulletin de la societé d’Etudes d’Avallon, 1879.
- Bonnerot J., Avallon, Paris, 1933.
- Hohl C., Eglises romanes de l’Yonne, Auxerre, 1978.
- Oursel R., Bourgogne Romane, Zodiaque, La Nuit des temps 1, 1968.

- Petit E., Avallon et l’Avallonnais, Auxerre, 1890.
- Quantin M., Répertoire Historique du département de l’Yonne, 1868.

- Recht R., Sculptures découvertes à Saint-Lazare d’Avallon, Bulletin Monumental, 1983.
- Sapin C., Arnaud C. et Berry W., Bourgogne Romane, Dijon, 2006.
- Stürmer A.., Die ehemalige Kollegiatskirche Saint-Lazare zu Avallon, Universität zu Köln, 1984.

- Tartat P., Etudes d'Archeologue et d'Art Moderne en Bourgogne. Les Eglises Saint-Lazare d'Avallon et Saint-Andoche de Saulieu - Les Stalles de Bar-le-Regulier - Le Grand Animalier Fr. Pompon, 1955.

- Vallery-Radot J., Avallon, Congrès archéologique d’Auxerre, 1958.
- Vallery-Radot J., L’Iconographie et le style des trois portails de Saint-Lazare d’Avallon, Gazette des Beaux Arts, 1958.
- La Collégiale Saint-Lazare, Amis du Vieil Avallon, 2001.

 

 


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